Un petit compliment me fait du bien

Que voulons-nous lorsque nous sommes en compagnie d’autres personnes ? Tout le monde veut la même chose ! Exprimé en quelques concepts, il s’agit (1) de se sentir à l’abri au sein du groupe, (2) d’avoir de l’influence, (3) de contacts personnels, (4) d’autonomie, (5) de compétences et (6) de défis. Certains de ces concepts sont également importants pour toute personne prise individuellement, mais tous ont une importance cruciale concernant un groupe, même dans une chorale. Prenons par exemple Pedro, membre depuis ses douze ans. Pour s’y sentir protégé (1), il n’a pas besoin de gardiens qui le gardent de tout danger. Mais il ne veut pas non plus que d’autres choristes se moquent de lui ou le harcèlent, lui volent ou abîment ses affaires. Il veut pouvoir être lui-même, dire ce qu’il pense et faire tout son possible sans être exclu. Pedro exerce une influence (2) dans la chorale puisqu’il est régulièrement écouté, lorsque ses propositions ou observations sont soupesées, lorsqu’il peut modifier certaines choses dans la chorale grâce à une nouvelle idée, lorsque l’on s’intéresse à ses préférences en matière de chansons ou lorsqu’on tient compte de son tempérament et ses souhaits lors de la répartition des rôles pour une représentation. Lorsque Pedro a besoin de contact (3) personnel, il s’adresse à un autre choriste pour parler, faire des projets ou partager son expérience. Ce qui lui permet d’apprendre à mieux connaître les gens et à se faire connaître plus clairement. Cela peut aussi être très amusant : il se sent par exemple très concerné lorsqu’il échange un clin d’œil avec le chef de chœur. Pedro comprend que des conventions claires doivent être passées pour un bon fonctionnement de la chorale, mais ces contraintes sont d’autant mieux acceptées s’il peut de temps à autre déterminer comment faire quelque chose, quand et où, mais aussi avec qui. Il se sent alors indépendant ou autonome(4). Pedro prend conscience des compétences (5) lors des réussites. Il ne doit pas toujours s’agir de chant. Ne pas dévoiler un secret, aider à prendre soin des partitions des plus jeunes chanteurs, imaginer les tâches nécessaires à l’organisation d’un concert. Il se sent tellement bien et fier lorsque tout se passe pour le mieux. Il a parfois du mal à réaliser certaines choses, ou il se sent incertain, mais un compliment reçu le rend fier comme Artaban. Enfin, Pedro aime aussi qu’on lui lance des défis. Car toujours refaire les mêmes choses alors qu’il les maîtrise engendre l’ennui. Ce n’est en effet pas toujours facile, l’apprentissage de nouvelles choses demande des efforts et de la persévérance. C’est pourtant ce qui le motive.

Toutes ces expériences au sein du groupe ne doivent pas être des expériences de haut niveau. Ce qui compte, c’est l’impression finale. Tel ou tel besoin prédomine selon l’âge. Et peuvent parfois être conflictuels : en tant qu’adolescent, comment faire pour parler, se comporter, s’habiller comme tout le monde pour s’identifier à un groupe, tout en revendiquant son identité ? A chaque âge, tout l’art consiste à l’exprimer de manière positive. Quel monde de différence entre crier jusqu’à ce que l’on t’écoute, et suivre passionnément une conversation tout en exprimant son opinion au bon moment. Ou entre le fait de jeter violemment sa partition à terre parce que c’est trop difficile, et le fait de demander à reprendre ensemble un fragment parce que l’on ne le maîtrise pas encore entièrement. Comme tous les membres de la chorale ne ressentent pas les besoins de base de la même manière, le chef de chœur doit les observer avec sensibilité pour capter les signaux, aussi subtils soient-ils, émis consciemment ou inconsciemment par les chanteurs. Ici encore, l’invitation à dialoguer à propos des besoins de base est le meilleur moyen de transformer une bonne chorale en chorale de haut niveau.